
Entré au parlement grec à l’occasion des législatives du 6 mai, le groupe d’extrême droite a deux credos: la dénonciation du programme de rigueur imposé par les bailleurs de fonds et l’arrêt du flux de migrants. Reportage.
Accroché sous les fenêtres du siège du parti, dans le centre d’Athènes, le logo du mouvement Xriss Avghi (L’Aube dorée) est reconnaissable de loin. En grosses lettres blanches sur fond rouge, le slogan « La Grèce appartient aux Grecs » est encadré de formes qui évoquent la svastika hitlérienne. Quasiment inconnu il y a deux ans, le groupe rejette l’appellation « néo-nazie » que lui attribuent les autres partis grecs. Forts de 7% des voix après les élections législatives de dimanche, une vingtaine de ses députés vont entrer au Parlement – une première pour un parti ultranationaliste depuis la chute du régime des colonels, en 1974.
Dans un des quartiers les plus défavorisés d’Athènes, les bureaux de L’Aube dorée sont nichés dans les étages d’un immeuble banal, situé à deux pas d’un commissariat de police. Depuis quelques semaines, les couloirs sont pleins de curieux venus s’informer et d’anonymes désespérés par la crise économique, à la recherche de conseils. Les visiteurs croisent les militants, qui semblent tous porter le même uniforme, où le noir domine: chemise noire, pantalon noir, blouson de cuir et crâne rasé…
Thémis Skordeli candidate et égérie de L’Aube dorée.
Angélique Kourounis/L’Express
Les femmes sont nombreuses, elles aussi. Agée d’une quarantaine d’années, soignée et terriblement efficace, Thémis Skordeli est candidate et égérie du parti, bien qu’elle n’en soit pas membre. « Avant, explique-t-elle, je votais pour la Nouvelle Démocratie [principal parti de droite]. Mais quand je demandais de l’aide à la police, au parti, au ministère ou à la mairie, personne ne répondait. Seule L’Aube dorée nous a aidés. C’est normal que je les rejoigne pour ces élections. »
Des livres à la gloire du troisième Reich
Thémis est en guerre contre la ghettoïsation de son quartier d’Aghios Panteleimonas. Les poubelles jonchent les trottoirs et de nombreux Grecs ont fui les lieux, provoquant un afflux d’immigrés. Puisque l’Etat et ses représentants semblent avoir déserté les rues, Themis a fait sien le leitmotiv de L’Aube dorée: « Il faut décrasser le pays! »
Gergios Germenis, responsable de la communication au sein de L’Aube dorée
Angélique Kourounis/L’Express
Dans ce même local, il y a quelques mois, des livres à la gloire du troisième Reich et mettant en cause la Shoah étaient proposés à la vente. Dans les semaines qui ont précédé le scrutin de dimanche, les leaders du mouvement ont fait place nette: il ne reste que deux ouvrages sur le sujet. En revanche, des briquets et des tee-shirts frappés du logo couvrent un stand. « Nous n’avons aucun soutien financier, se plaint Gergios Germenis, boulanger de son état, responsable de la communication au sein du parti et candidat dans la seconde circonscription d’Athènes. Nos seules ressources sont les dons de nos membres. Pour nous, ils est inespéré de voir L’Aube dorée entrer au Parlement, alors qu’il y a quelques années, on ne pouvait même pas hisser notre drapeau! »
Des mines antipersonnelles contre les migrants
Le programme du mouvement peut se résumer, pour l’essentiel, à deux points: dénonciation du programme de rigueur économique imposé par les bailleurs de fonds internationaux; minage des frontières gréco-turques pour arrêter le flux des immigrés. Le message est bien accueilli par les habitants des quartiers les plus misérables de la capitale. Mais pas seulement. « Au Pirée (quartier en partie épargné par l’immigration), L’Aube dorée a dépassé dans les urnes le score de tous les autre partis, s’exclame Yiannis Pretenderis, éditorialiste. C’est incroyable! Il n’y a pas un seul bureau de vote dans le pays où ils n’ont pas attiré au moins une voix. »
Themis jubile: « Nous avons travaillé auprès des gens, explique-t-elle. Nos gars ont accompagné les personnes âgées à la banque et au marché, on a nettoyé les quartiers et on a rendu les places publiques aux Athéniens. Ils ont exprimé leur reconnaissance dans les urnes. » Dans un quartier central d’Athènes, un chômeur confirme: « Les militants de L’Aube dorée m’ont donné des vêtements et même un peu d’argent de poche. Ils viennent voir comment on va et s’inquiètent de notre sort. Ils accompagnent même les femmes qui ont peur de rentrer chez elles le soir ».
Le message de L’Aube dorée est bien accueilli par les habitants des quartiers les plus misérables de la capitale.
Angélique Kourounis/L’Express
Ce travail de terrain dans les quartiers défavorisés, aux façades défigurées par les tags, ajouté à la volonté largement partagée de punir l’ensemble du monde politique grec, explique le succès du mouvement. Durera-t-il? Dimanche, des militants de L’Aube dorée ont attaqué six bureaux de vote. Et deux des futurs parlementaires du mouvement doivent comparaître à la fin du mois de mai pour coups et blessures. Contre des migrants.
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